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La vie des humains est tout, sauf un long fleuve tranquille. Elle est parcourue de grandes secousses qui remettent en question les acquis pour les amener vers un futur meilleur qui n’a de fondement qu’à travers le vécu de leurs prédécesseurs. Mais l’inconnu traîne toujours son lot d’angoisse.
On a identifié chez les humains quatre grandes remises en question, ce que la société appelle des passages et un passage est toujours étroit :
• le passage de vie utérine à la mise au monde incluant l’enfance;
• le passage de l’enfance à l’adolescence (la jeunesse);
• le passage de l’adolescence à la vie adulte;
• et finalement le passage de la vie au trépas.
Pour adoucir ces passages du connu (l’acquis) vers l’inconnu (angoissant mais fascinant) les sociétés et les religions ont inventé des rites ou rituels de passage pour rassurer l’initié en le faisant accompagner de personnes compétentes, sages et expérimentées.
Comprendre le sens des rituels de passage
Les rituels de passage comme les valeurs sont des « constructions sociales » tirées de la réflexion et du génie humain et transmises de génération en génération dans le but de « fonder » l’existence des humains et les rassurer. Les rituels de passage ont été inventés pour civiliser les besoins chez les humains. Ils sont de la mémoire en acte et une recherche de sens (direction et cohésion) en acte.
Par le baptême, la confirmation, le mariage et les funérailles, les religions chrétiennes n’ont fait que sacramentaliser ces divers moments de passage qui marquent la vie humaine. Elles n’ont pas inventé ces rituels. Les distances que les gens ont pris en Occident et chez nous vis-à-vis des religions instituées (c’est-à-dire la sacramentalisation des rites de passages) ne doivent pas nous faire perdre de vue l’importance de ces rites qui débordent du cadre religieux et le risque encouru en les escamotant.
L’importance de la communication du rite de passage
On a toujours le besoin de saluer et de publiciser l’arrivée au monde d’un enfant en ayant recours aux rituels comme un repas, la remise de cadeaux, la présentation officielle, les annonces publiques. Nous ritualisons aussi leur passage vers la maturité qui amène l’insertion sociale et professionnelle, l’engagement amoureux. On cherche le moyen aussi de marquer le passage des humains de la vie au trépas.
Les rituels de passage sont là pour adoucir le sentiment de « perte » vis-à-vis de ce qui est assuré en laissant entrevoir pour le futur une amélioration de l’existence. Chez l’enfant à naître, l’entourage prévient le choc de la naissance en préparant de longue date un environnement matériel et affectif qui atténuera ce choc : berceau, langes, vêtements, nourriture, soins, chaleur, accueil, protection.
Le passage de l’enfance protégée vers l’adolescence est plus compliqué, parce que le jeune sent et vit les transformations physiques et psychologiques qui l’habitent, d’où la nécessité de la présence éveillée des parents et d’éducateurs avertis pour les rassurer. Le passage de l’adolescence à l’âge adulte doit laisser miroiter que la perte d’une certaine insouciance et de dépendance peut donner accès à plus d’autonomie, de défis et d’indépendance financière, à l’amour, à l’engagement politique, à la sexualité adulte, d’où aussi la présence nécessaire d’adultes significatifs dans l’entourage du jeune.
C’est au moment de la mort individualisée et personnalisée d’un être cher que tout devient plus tragique. Avec la mort, le sentiment de perte apparaît irréversible. On ne peut se priver aisément d’amour, d’amitié, de présences chaleureuses, mais aussi d’habiletés, de savoir, de connaissances, de compétences, de ressources financières, en somme, de toute personne humaine.
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