Hommage rédigé et lu par son frère Ivon lors de la célébration commémorative à l'église St-Rédempteur
MON FRÈRE LE CONSTRUCTEUR DE PAIX
Christian était généreux de cœur autant que son apparence le laissait paraître. Pour lui, la vie ne pouvait se vivre que dans son modèle extra-large. En effet, tout son petit monde était spacieux. Il n’était pas question pour lui d’être coincé, inconfortable ou simplement assis dans un fauteuil qui ne se basculait pas. Pour Christian, pas de niaisage, il détestait les choses compliquées ou étranges mais en même temps, d‘une patience sans égal à lire le livre d’instructions de chaque chose spacieuse qu’il achetait pour lui ou sa famille.
Je me souviens quand il me rendait visite dans mon loft à Québec, il n’en revenait pas comment j’étais près à vivre dans des conditions qui lui semblaient si inconfortables simplement pour avoir le plaisir de vivre dans un milieu artistique. C’est que nous étions diamétralement différents, si pour Christian le confort passait avant l’esthétique, pour moi c’est l’inverse. Malgré cela, il ne m’a jamais jugé, il souriait affectueusement en disant :’’ C’est ben toué ça! ‘’
Mon frère n’aimait vraiment pas la chicane mais il détestait que l’on lui pile sur les pieds. Je me souviens que dans sa période disons motarde Christian aimait porter les cheveux longs au grand désarroi de son père qui sans relâche insistait à ce qu’il se fasse couper les cheveux. Pour Christian, rien à faire, même sur offre parfois alléchante de son père, toujours Christian lui tenait tête en refusant, et ce, même si il vouait à son père Henri un grand respect et une grande admiration.
Pour lui le confort de sa vie devait s’étendre jusque dans ses relations. Pas question d’endurer des malaises ou de s’encombrer de diplômatie pour tenter de tirer son épingle du jeu, non, Christian avait tout de l’éléphant dans un magasin de porcelaine, il cassait peut-être quelques pots ici et là mais au moins il savait entrer en relation avec n’importe qui. Pour lui ces quelques dommages collatéraux étaient le prix à payer afin de ne pas obstruer l’élan de bonne entente qui l’habitait profondément. Avec une franchise désarmante, Christian savait être écouté et pris au sérieux par ses interlocuteurs, il avait l’audace de celui qui est branché sur le cœur. Paradoxalement, même si Christian aimait les choses spacieuses, il adorait les enfants, particulièrement les siens, pour lui comme pour Brigitte, Claudia et Patrice représentaient ce qu’il avait de plus précieux. Avec le recul je découvre par sa vie que pour lui l’amour devait être une chose bien spacieuse et confortable car c’était ce qui comptait le plus.
Il était travailleur de la construction, et tous ses compagnons de travail et ses patrons sont unanimes, Christian était un maître dans son métier. Comme dans le reste de sa vie, le travail devait être confortable, s'il devait travailler en hauteur ou dans un endroit difficile d’accès, personne, pas même son patron ne pouvait le faire se déplacer plus qu’une fois par jour, s'il montait dans un échafaud c’était pour y passer tout le temps requis pour exécuter le travail, pas de voyageage! Il travaillait lentement mais sûrement, tout en confort.
Dans sa vie il a construit toutes sortes de choses, entre autres il a travaillé sur de nombreux réservoirs d’eau potable, autant de villages au Québec comme au Nouveau-Brunswick qui profitent encore maintenant d’ouvrages solides et étanches auxquels mon frère a contribué. Il a travaillé à la réfection de nombreux ponts et viaducs, mais c’est sa façon si patiente à tenter de réparer les liens brisés entre les personnes qui retient le plus mon attention. Sa constance et sa patience n’avaient d’égal que ce dans quoi il savait faire. Devant les conflits, il avait l’arrogance d’une déformation professionnelle qui me paraît encore déconcertante. Pour lui réparer un lien brisé entre deux personnes n’avait pas grand choses de différent avec la réparation d’un viaduc ou d’un échangeur. Pour lui, ça se répare c’est tout! Et comme le béton durcit rapidement, il faisait fi des raisons du conflit devant l’imminence de la paix à construire, toujours dans un souci de confort. À ce propos, si Christian aimait les choses confortables, en revanche, il n’aimait pas le confort apparent, comme certaines chaises de mon loft qu’il m’a brisée ou défoncée à cause de sa spacieuse personne.
Ce qui était constant chez mon frère Christian c’était sa manière de tenter de réconcilier l’irréconciliable. Pour lui il n’existait que des solutions. Récemment il me confiait qu’il travaillait lentement mais surement à la réparation d’un certain conflit vieux de 25 ans. Il n’aura donc pas eu le temps de couler le béton dans les coffrages qu’il avait si soigneusement préparés à cet effet.
Vraiment Christian était un grand travailleur de la construction, au sens propre comme au sens figuré, il était bel et bien un de ceux que Jésus décrivait dans les béatitudes, ‘’heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu’’ il était un pontife dans le vrai sens du terme, un constructeur de pont entre les personnes et les groupes de gens. Pour faire en sorte que son travail ne demeure pas en vain, veillons, avec Brigitte, Claudia et Patrice, à ce que le travail de paix pour lequel Christian à consacré sa vie, demeure en nous un souci de rendre ce monde toujours plus spacieux et confortable.
Comme vous le savez, Christian nous a quittés quelques jours seulement après le départ d’Alain son frère, je ne serais donc pas surpris que présentement Christian essaie de convaincre St-Pierre de rendre le ciel plus confortable pour lui et son frère Alain.
À bientôt Christian, et même si ton départ crée dans nos vies un vide extra large, merci d’avoir été l’être plein d’amour que tu étais.
Ivon Bellavance S.J.
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