Hommages rendus lors des funérailles M. Adélard Desjardins, le samedi 24 novembre 2012 en l'église de Ste-Félicité.
HOMMAGE RENDU PAR SA FILLE DENISE
LETTRE À MON CHER PAPA,
Lorsque j'ai appris ton départ, j'étais à San Diego. Cette ville où j'ai toujours dit que je voudrais mourir tellement c'est beau. Ce matin du 4 novembre, j'ai un peu été exaucée. Quelque chose en moi venait de mourir. Ce quelque chose s'appelait la certitude, la confiance : la confiance que tu serais toujours là!. Toujours là pour m'accueillir, toujours là pour répondre à mes appels, toujours là tous les 1er janvier pour me donner la bénédiction paternelle.
Ce matin là du 4 novembre, il faisait soleil. Une journée splendide comme tu les aimais. Mais dans mon coeur, il y avait de la pluie, tant de souvenirs enfouis, tant de non-dits. Remonter le temps pour réparer, remonter le temps pour refaire le passé. Inutile : tout y est scellé. Impossible d'y retourner dans ce passé trop vite envolé.
Je n'ai pas la force de te voir partir, toi qui n'aurais jamais dû me quitter. Je n'ai pas la force de fermer tes yeux bleus qui m'ont si souvent encouragée. Je n'ai pas la force de te voir t'allonger à jamais, toi qui as toujours été si fort, si solide. La dernière phrase que tu m'as dite la veille de ton départ, c'est : « Oui, je suis le « Number One », après que je t'eus dit « Tu as été le meilleur des papas ». Merci pour la vie que tu m'as donnée, Merci pour le papa que tu as été pour moi, Merci pour ton sens de l'humour, pour ta vivacité d'esprit, Merci pour ta disponibilité lorsque j'ai eu besoin de toi dans les moments difficiles de ma vie, de ta présence avec ta chère Pauline que j'ai appris à tant aimer!
Un jour, un de mes fils m'a composé une chanson qui se termine comme suit : « Maman, aujourd'hui, je suis un homme et j'aime une fille merveilleuse, mais tu resteras toujours la 1ère femme que j'ai aimée. » Aujourd'hui, papa, je te dis : « Je suis une femme avec un mari merveilleux mais tu seras toujours dans mon coeur le premier homme que j'ai aimé : LE NUMBER ONE. », et on n'oublie jamais son premier amour!
Je t'aime papa,
Ta grande fille
HOMMAGE RENDU PAR SA FILLE CHANTAL
MON PÈRE EST COMME UN GRAND LIVRE
Mon père est comme un grand livre…
À la solide reliure, bien droite et résistante aux années.
À la couverture pleine de jolies couleurs, à la fois douces et éclatantes,
Offrant de belles images à faire voyager dans le temps.
Et sur ses nombreuses pages, aux fines bordures dorées, coulent les mots.
Des mots de rires, des mots de pleurs, des mots d’amour entremêlés.
Mon père est comme un grand livre…
Qui, d’une page à l’autre, sait nous transporter.
Nous ramener à la campagne, au début du siècle dernier.
Dans la maison de son enfance, il nous fait revivre le passé.
Sur une modeste ferme où vivent père, mère et 12 enfants,
Il raconte leur complicité, les tours pendables, les rires, leurs jeux d’enfants,
Les Noël d’autrefois, le plaisir en famille et les bonnes odeurs du jour de l’An.
Partageant aussi ses souvenirs les plus sombres sur la guerre,
Cette époque de misère, de rations, de craintes et de déchirements,
Où il a vu partir au loin son plus jeune frère, vers un autre continent.
Mon père est comme un grand livre….
Qui, de chapitre en chapitre, nous fait traverser le temps.
Avec force de détails, nous amène au pays des géants.
Ces grands arbres qu’il a côtoyés, dans l’immense forêt, au temps des chantiers.
Travaillant dur, du matin au soir, envahi par les mouches et glissant dans la boue,
Ou dans le froid mordant, s’enfonçant dans la neige jusqu’aux genoux.
Mais relaté avec tant d’intensité et de nostalgie, comme d’une belle époque de sa vie.
Les odeurs de cèdre et de sapin me rapprocheront toujours de lui.
Mon père est comme un grand livre….
Il sait décrire les champs, ceux qu’il a patiemment labourés, nourris et cultivés.
Il sait prédire le temps, comme devait le faire tout bon fermier.
Et me viennent, au fil des mots, des odeurs de terre, de trèfles et de blé,
De légumes, de fleurs de fraises et de foin coupé.
Il sait aussi décrire la mer, toute sa vie ses yeux bleus l’ont si longuement scrutée.
Observant les bateaux sur une mer, tantôt calme, tantôt déchaînée.
Cette mer qui l’aura vu naître et qui l’aura bercé.
Et jusqu’à la toute fin, il l’aura amoureusement contemplée.
Mon père est comme un grand livre….
Et 89 années d’histoire seraient trop longues ici à résumer.
Tout ce qu’il a vécu, affronté et construit avec maman.
L’amour, le soutien et le dévouement qu’il a eu pour elle
Jusqu’à son départ, il y a déjà 20 ans.
Tout ce qu’il a traversé et partagé avec ses enfants et petits-enfants.
Ne cessant jamais de s’inquiéter pour eux, même lorsque devenus grands.
Au fil des nombreuses pages, on distingue l’homme qu’il a été.
Homme fier et juste, doté d’une grande bonté.
Qui, malgré les coups durs, les nombreux deuils et les difficultés,
A toujours su se tenir debout, bien droit et courageusement tout affronté.
Et que dire de son sens de l’écoute et de son humour hors du commun,
Il aura, ça ne fait aucun doute, beaucoup aidé et mis de la couleur dans la vie de chacun.
Et quand l’amour a frappé à sa porte une seconde fois, sans préavis,
Il lui a ouvert, l’a observé, et lui a souri,
Saisissant ce précieux cadeau que, soudainement, lui offrait la vie.
Mon père est comme un grand livre…
Qu’on ne voudrait jamais avoir à refermer.
Toutes ces pages, tournées au fil du temps, m’auront, en grande partie, façonnée.
Tout comme on tourne la dernière page d’un livre savouré,
La mort est un passage obligé,
Où l’arrivée du tout dernier souffle ne peut être indéfiniment repoussée.
Enfin libéré de ce corps qui ne voulait plus avancer,
Tu retrouves enfin cette jeunesse qui t’a toujours habité.
Aujourd’hui, ta mission est maintenant terminée, ton oeuvre est finalement achevée.
Mais il me reste une dernière faveur à te demander.
Aide-moi à écrire le reste de ma vie et à être à la hauteur de ce que toi tu as été.
Je t’aime de tout mon coeur papa. Tu vas terriblement me manquer.
Chantal xxx
HOMMAGE RENDU PAR SA PETITE-FILLE SOPHIE RENÉ DE COTRET
Voici l'adresse lue à mon grand-père. C'est un monologue théâtrale, à l'image de mon grand-père: drôle et touchant. voilà:
- Est- y fou! C'est rien ça! Mon grand-père à moi... mon grand-père à moi, c'est une légende. Ben oui, j'te le jure. Tu veux que je donne des preuves, écoute ben ça : D'abord, mon grand-père, y s'appelait pas n'importe comment. Non monsieur! Son p'tit nom, c'était ADÉLARD. En connais-ben gros de nos jours des ADÉLARD? Oh, oui, peut-être dans le temps, y'a ben loin... mais, maintenant? Ten, ça aussi c't'une autre preuve : mon grand-père y'é né dans l'Ancien temps! No, non, c'pas une blague... tsé avant la technologie, l'internet, pis toute. Y venait de tellement loin dans le temps, qu'des fois, tu lui demandais son âge, pis y s'en souvenait pu! C'est dire comment ça devait être long à compter... Mais c'est pas toute... Mon grand-père y venait du bout du monde... Ouais, là où y fait « frette » à l'année, où y'a quasiment pas d'été... Ben oui, tu sais c'est où le bout du monde toi si, c'est à l'Est... là où l'autoroute est rétrécie : la Gaspésie. C'est loin en titi ça mon ami. T'es toujours pas convaincu? Ben écoute celle-là : mon grand-père était grand comme un géant. Quand j'étais petite, pis qu'il entrait dans la maison, il touchait presque le plafond avec ses cheveux relevés à la Tintin. Pis ses 2 mains : 2 immenses raquettes. Y'étaient grandes comme pas possible, ses mains! Et je te parle même pas de ses biceps. Ben ç'avait beau être un grand-père, y'était fort en ti-péchés! Quand y venait chez- nous, nous autres, les p'tits enfants, ont lui demandait de nous montrer ses muscles, pis t'aurais dû voir ça... Popeye allait se rhabiller quand Adélard débarquait... Oh, pis y débarquait pas les mains vides, non monsieur! Y'amenait des poches de patates, de carottes, des navets, des oignons pis y nous remplissait la cave... Ça c'est quand y nous faisait pas des meubles en plus : des vrais coffres aux trésors, des boîtes à bijoux, des chevaux de bois, des bibliothèques... Si y s'était contenté de ça, mais non! Y'arrêtait pas deux minutes : y réparait tout ce qui avait à réparer dans maison. Et vis par ci, et coup de marteau par là. Un vrai travaillant. C'est pas l'âge qui l'arrêtait celui-là. Son truc... Toi aussi, t'aimerais ça l'avoir... Il me l'a jamais dit, mais je l'ai ben observé, pis j'pense que je l'ai découvert... LE GIN. Ouais monsieur. Mélangé avec de l'eau chaude et du sucre. Ça pis les tartes aux fraises complètes en collation. Et l'humour aussi. Parce que grand-p'pa y'en manquait pas une. Pis si j'te dis qu'y'en contait des fois des salése, j'suis sûre que j'vais l'entendre me répondre : « Es-t'y folle » fac, j't'es rien dit à c'sujet. Oui mon grand-père y'aimait rire. Pis il me faisait rire. Autour de la table, lors d'une mémorable partie de canasta, d'un bon repas, devant un feu de foyer ou au téléphone : le rire avec grand- p'pa faisait partie de la vie. Tu sais, si je te dis tout ça aujourd'hui, de cette façon là, c'est que je sais que grand-papa aurait aimé qu'on parle de lui avec humour. J'avoue, j't'ai grandi un peu le personnage, mais à peine, parce que, à mes yeux à moi, ceux de petite-fille, mon grand-père demeure et demeurera un être fort, robuste, drôle, travaillant, généreux, qui vient de si loin, qui est si grand... mon grand-père, à moi, pour moi... c'est une légende.
Sophie René de Cotret, ta petite fille qui t'adore
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