Hommage à M. Claude FORTIN
Hommage lu par sa fille Geneviève, lors de la célébration commémorative. HOMMAGE À MON PÈRE Bien des choses se sont passées en très peu de temps et, contrairement à mon habitude, j'ai de la difficulté à trouver les bons mots pour exprimer ce que je ressens. Comme je tenais absolument à rendre hommage à mon père, j'ai décidé de débuter en vous lisant le bien-cuit que je lui ai composé en mars dernier lorsqu'il a pris sa retraite... Selon moi, ça parle beaucoup... Ça s'intitulait comme suit : Petit bien-cuit pour mon daddy. Voici le temps de ta retraite Qui arrive aujourd'hui. Nous allons te faire la fête Pour commencer ta nouvelle vie. Trente-quatre ans de ton temps tu as passé Pour ce gagne-pain tu t'es dévoué Car malgré ce que certaines mauvaises langues peuvent insinuer Oui ! Oui ! chers fonctionnaires, vous travaillez ! Bien plus qu'un emploi, ton rôle au cours de ce parcours En fut un de dévouement et d'implication sociale. Beaucoup de débats et de luttes tu as menés Un tas de collègues tu as aidés Plusieurs dossiers tu as réglés Car au niveau syndical tu t'es toujours impliqué. La cause des femmes tu as aussi représenté Un peu partout au Québec tu t'es déplacé Pour être les yeux, les oreilles et la voix Des personnes qui pour toi, avaient voté. En tant que représentant sur le comité Alcoolisme et Toxicomanie tu as siégé Car c'est un sujet qui t'a bien sûr interpellé. Qui de mieux placé pour chausser ces souliers Que toi cher papa et tes vingt ans de sobriété. La retraite fut pour toi un sujet de questionnements : «Suis-je trop jeune, pas assez riche ? » Oh là là, les tourments ! Tu as quand même souvent espéré qu'elle arrive enfin un jour Car fonctionnaire 12 410 jours ne veut pas dire fonctionnaire pour toujours. À partir d'aujourd'hui, tu n'es plus un employé Tu es un homme libre de t'épanouir, de t'éclater. Une nouvelle vie tu es appelé à commencer Non pas pour déprimer, mais t'amuser, en profiter. Comme je te l'ai déjà dit Ce n'est la fin de rien, mais plutôt le début d'une nouvelle aventure. Tu pars avec ton bagage, tes expériences, tes valeurs Et crois-moi cette nouvelle vie en sera une meilleure. Plus besoin de cadran qui oblige tonr réveil Faire la grasse matinée quand tu veux, quelle merveille ! Plus question de fatigue, de stress et d'angoisse Ces côtés négatifs sont relégués aux tiroirs. La retraite est un mot qui parfois t'a fait peur Ne crains rien cher daddy, elle ne fera que ton bonheur. Comment un homme comme toi pourrait s'ennuyer C'est tellement attrayant des vacances à perpétuité ! Le printemps presqu'installé on entend déjà gronder Ta moto sur laquelle tu rouleras tout l'été. Relaxer, lire, prendre des marches et voyager avec l'être aimé Prendre du temps juste pour toi tu l'as bien mérité. Plein de possibilités s'offrent à toi pour l'avenir Des passions tu en as, apprends à les découvrir. La musique, la chanson, la peinture, cuisiner Tu pourras développer tes nombreux talents cachés. Tout cela pour te dire mon cher daddy chéri Que je suis heureuse pour toi et de l'issue que tu as choisie Sache que la retraite ne changera pas qui tu es Un homme aimant, intelligent, avec des valeurs bien ancrées. Quel bonheur pour ma part de te savoir en santé Surtout, prends soin de toi, longtemps je veux te garder. Près de moi pour pouvoir continuer de profiter Des bons moments avec toi avec toi qui font de moi une fille comblée. Tu te dois d'être fier et content de quitter Même si c'est normal d'avoir le coeur serré. Ne vois pas cela comme un retrait mais une opportunité De poursuivre la route en toute liberté. Pour conclure, une chose tu ne dois pas oublier Au fond, fonctionnaire n'était que ton second métier. Le premier étant celui de père généreux, doux, protecteur et attentionné Et de cet emploi, cher papa, tu ne seras jamais retraité. J'ai offert cet hommage à mon père le soir du 15 mars 2012. Quinze jours plus tard, le 30 mars, il recevait son diagnostic de cancer. C'est là que tout a basculé ! Les mois qui ont suivi, les sept mois plus précisément, ont été remplis de chocs, de peine, de colère, d'inquiétude, de deuils et aussi de souffrances. Les médicaments, la chimio et les nombeux rendez-vous à l'hôpital sont devenus parties prenantes du quotidien de mon père, de notre quotidien. Je vais vous épargner les détails de tout ce qu'il a dû endurer, car l'enfer on l'a vécu, pas besoin d'en parler. Je ne vous dirai pas non plus que je suis sereine et soulagée que ce soit terminé, au contraire, je trouve cela injuste et la colère ne m'a pas encore quittée. Par contre, durant ces longs mois difficiles, il s'est passé beaucoup de choses. Premièrement, laissez-moi vous dire que mon père, je l'admire, car il s'est battu sans relâche et a toujours gardé espoir. Il a été très fort et très sage face à l'adversité. Mon père a toujours été mon héros et toujours il va le rester. Question de faire en sorte de voir à son bien-être et à le protéger, sa conjointe Yolande et moi avons érigé une chasse gardée. Nous avons veillé sur lui comme une louve sur ses petits, pour éviter le plus possible que ne surviennent d'autres ennuis. Je ne sais pas comment tout ça se serait passé, si sur l'amour et la présence constante de Yolande lui et moi n'avions pu compter. Partout sa douce moitié l'a toujours accompagné, et pour ça, chère Yolande, je ne te remercierai jamais assez. Avec la sensibilité qu'on lui connait, mon père n'arrêtait pas de répéter combien il était chanceux de nous avoir près de lui toutes les deux. Il était aussi beaucoup touché par les appels et les visites de ses frères et soeurs qui s'inquiétaient beaucoup pour le bébé de la famille. Les récits de voyages de Daniel, les coups de fil de Gaston, les bons p'tits plats de Denise et Guy et le super foyer que Raymond lui a construit ; tous ces gestes lui ont permis de vivre des moments heureux à travers sa maladie. Et c'est sans compter les coups de fil et les courriels de ses collègues et amis. Mon père s'est senti bien entouré et pour ça tout le monde, je veux vous remercier. Sans oublier de souligner le bon travail des équipes soignantes du Centre hospitalier, de la médecine de jour et du CLSC, car sur leur aide, nous avons pu compter. Mon père était un homme rempli de belles qualités. Il était bon, beau, doux, sensible, bref, il était parfait, c'était l'homme de ma vie ! Il m'a appris le respect et l'empathie et m'a aussi donné plusieurs leçons de syndicalisme 101. Il m'a appris l'importance de défendre mes droits et son âme de syndicaliste ne l'a jamais quitté. Quelques jours avant son départ, il a été capable de rassembler le peu d'énergies qui lui restait pour faire valoir ses droits aux infirmières de l'hôpital. Alors je crois qu'il ne serait guère surprenant que la première chose qu'il ait faite en arrivant en haut ait été de demander à voir la convention collective. Et la deuxième de s'informer à savoir si les routes sont belles pour rouler à moto. Ma relation avec mon père étant quasi fusionnelle, son départ est la chose la plus difficile qu'il m'ait été donné de vivre dans ma vie jusqu'à maintenant. Mais je ne peux rien regretter, absolument rien. J'ai eu la plus belle relation qu'une fille puisse rêver d'avoir avec son père. Nous étions très démonstratifs l'un envers l'autre : on se prenait dans nos bras et on se disait je t'aime à volonté. Et tout au long de sa maladie, Yolande et moi ne l'avons jamais lâché. Nous l'avons accompagné de nos caresses et de notre amour jusqu'à la toute fin... Il n'a jamais été seul. Alors non, pas de regret ! Ou oui, peut-être un énorme regret : TU N'ES PLUS LÀ ! Et tu vas vraiment nous manquer. Je t'aime mon p'tit papa, aurevoir..l XXXXX
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